Enflammades 2013 [9/9] : Album de l’année 2013 + Top 20

Enflammades 2013 #9 Bon il serait temps d’en finir avec ces enflammades 2013 on a été un peu trop ambitieux sur ce coup-là… Leçon à retenir. Bon en tout cas on espère que cette série de mini-chroniques t’a fait découvrir de nouveaux horizons, ou du moins a piqué ta curiosité. Toi tu t’es exprimé il y a déjà bien longtemps il est donc grand temps de tourner définitivement la page 2013 en te dévoilant notre album de l’année :

 

Ultima Necat

Et oui si tu nous suis un petit peu tu ne seras pas vraiment surpris de voir Ultima Necat désigné meilleur album de l’année 2013! Le troisième album de VENTURA a tout d’un disque marquant : une pochette inoubliable, beaucoup de passion, une insondable mélancolie, un ton unique, un son fantastique conjugué à la spontanéité du groupe, des prestations live abouties… On arrête là? Tout a été dit ou presque sur cette galette (lire enflammades n°4) et le quatuor de Lausanne croule sous les éloges à défaut de crouler sous les francs suisses.

Et ouais, Ultima Necat ou comment des joyeux drilles ont créé un truc sombre, comment des mecs sympas, modestes et abordables sont parvenus à tutoyer les étoiles Noise et Indie de la galaxie Rock. Un souffle nouveau pour des fans de rock parfois un peu trop bloqués dans les années 90. Pour un peu on reprendrait les cours de latin.

Aller en guise de bonus une vidéo des deux premiers morceaux joués lors du concert du 11 octobre dont on a fait le compte rendu ici.

Le Top 20 de F&D :

2) PROCESSION – To Reap Heavens Apart : lire enflammades n°5.
3) TY SEGALL – Sleeper : lire chronique F&D et enflammades n°4.
4) ALICE IN CHAINS – The Devil Put Dinosaurs Here : lire enflammades n°3.
5) FUZZ – s/t : lire chronique F&D et enflammades n°3.
6) SURVIVAL – s/t : lire enflammades n°7.
7) GOATESS – s/t : lire enflammades n°3.
8) THE RODEO IDIOT ENGINE – Consequences : lire chronique F&D et enflammades n°6.
9) ASG – Blood Drive : lire enflammades n°5.
10) MEAT PUPPETS – Rat Farm : lire enflammades n°4.
11) CORRECTIONS HOUSE – Last City Zero : lire enflammades n°8.
12) NIGHT BEATS – Sonic Bloom : découvert tardivement, très certainement le meilleur album rock psyché de 2013 : dansant, rock’n’roll, riche et varié.
13) YEAR OF NO LIGHT – Tocsin : lire enflammades n°7.
14) ORPHANED LAND – All Is One : lire enflammades n°5.
15) BLACK SABBATH – 13 : lire enflammades n°5.
16) MARVIN – Barry : lire enflammades n°7.
17) POP. 1280 – Imps Of Perversion : lire enflammades n°6.
18) LA FEMME – Psycho Tropical Berlin : lire enflammades n°8.
19) FRUSTRATION – Uncivilized : lire enflammades n°6.
20) DESTRUCTION UNIT – Deep Trip : punk rockab’ psychédélique découvert tardivement, déluge d’effets cosmiques et de réverb pour destruction de tes oreilles (et du monde entier).

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Enflammades 2013 [8/9] : #Autres #Inclassables

Enflammades 2013 #8Par amour et souci déontologique on souhaitait te parler également des AUTRES disques 2013 : ceux qui ne rentraient pas dans nos catégories vastes mais néanmoins hermétiques (lire enflammades 3 à 7), ceux rangés dans les rayons peu visités, les inclassables, les expé bizarres, les sans étiquette, les trop d’étiquettes… La musique comme infinité de possibles. On n’oubliera pas non plus : Son Lux, nouveau petit prince de la musique hybride. 

Mo7it Al-Mo7it#5 JERUSALEM IN MY HEART – Mo7it Al-Mo7it (Constellation). Entre tradition (buzuq, psalmodies, zurna) et modernité (synthé, vocoder, drones) ce disque te fera voyager dans un monde arabe en plein mouvement. Au travers de ce projet collectif (musical mais aussi visuel) l’artiste libano-canadien Radwan Ghazi Moumneh propose une expérience troublante et belle, au cours de laquelle contemplation et sagesse prédisposent à la révolte.    

Indigoism#4 THE UNDERACHIEVERS – Indigoism (autoproduction). On n’est pas des grands spécialistes du hip-hop mais quand une mixtape (même pas un album, nigga) de cette qualité nous tombe dessus, on attrape. Ça secoue car ces deux rappeurs de Brooklyn défoncent tout plus fort qu’ils ne sont défoncés (c’est dire, nigga). De l’insolence, beaucoup d’efficacité et une fibre mystique qui ne nous laisse pas insensibles (et c’est en téléchargement gratuit, nigga).

Slow Focus#3 FUCK BUTTONS – Slow Focus (ATP Recordings). Avec ce troisième album le duo electro préféré des rockeurs nous balance du synthé et des percussions à l’envi, prend son temps aussi, nous transporte. Sur le dancefloor, toutes les générations sont réunies dans la transe. Une sorte de post-rock version electro, possédé, dans lequel les sons saturés et noise se superposent et montent en puissance. Un maxi triple XL de vibrations électriques s’te plaît.

Psycho Tropical Berlin#2 LA FEMME – Psycho Tropical Berlin (Born Bad Records / Barclay). La Femme est partie à la conquête du monde, forte d’un contrat de licence avec Barclay, enhardie par ce disque aussi délicieusement sixties que savoureusement années 80. Dans ce nulle part l’insouciance échange avec une noirceur inattendue, synth-pop et musique surf s’accouplent à l’occasion d’un mariage psyché. Un vent frais sur l’Hexagone dont on ne sait s’il vient du Nord ou du Sud.  

Last City Zero#1 CORRECTIONS HOUSE – Last City Zero (Neurot Recordings). Les membres de ce supergroupe ne se sont pas réunis pour rien : ils avaient un vrai projet artistique. Nihiliste et violent. Climat de terreur indus, sécheresse dark folk, résistance punk et hurlements de sax attestent d’une fin du monde chère à Mike IX Williams. Les survivants profitent de quelques accalmies pour commenter les événements, avec un mélange de grâce et de gravité. Excellent.

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Chronique : CREATIVE ADULT – Psychic Mess

Psychic Mess

  • États-Unis / Février 2014 / 12 titres / 42:58
  • Label : Run For Cover Records
  • Genre : post-punk/hardcore
  • Format :  vinyle standard LP « red/black » gatefold
  • Autres formats disponibles : CD, divers vinyles, téléchargement (MP3, FLAC, etc.)

Pendant que le premier album des Eagulls déchaînait la critique, les californiens de Creative Adult sortaient leur premier long play dans l’indifférence quasi-générale. Pourtant les fans de post-punk feraient bien de se pencher très sérieusement sur Psychic Mess, mystérieux disque qui n’est pas parvenu à surfer sur le mini buzz provoqué par le brillant single « Deep End ». Label inadapté? Public dérouté par la trajectoire de ces hardcore punks? Pochette (volontairement) ratée? Irrationalité du monde médiatique? Quoi qu’il en soit c’est une injustice.

D’entrée de jeu, la voix fantomatique de Scott Phillips – physiquement et artistiquement transformé après Life Long Tragedy – pose une ambiance envoûtante. Au fil d’un premier titre excellent (« Control My Eyes »), il ne tarde pas à déployer son nouveau répertoire, composé d’un harcèlement de plaintes post-punk, d’un phrasé faussement nonchalant (évoquant les râles d’un Sonic Youth), et de quelques fulgurances hardcore. Cette catatonie maintient une remarquable tension tout au long de l’album. Bien qu’engloutie par le duo guitare-basse, noyée dans une réverb coldwave, cette voix entêtante se révèle vite être l’âme du groupe.

Rêver d’un fantôme, s’affronter soi-même, même combat salutaire

Car oui il y a une âme qui s’accroche, malade, se dressant miraculeusement par-delà la brume sonore peaufinée par Efrim Menuck (Godspeed You Black Emperor!) et percée de vibrations noiserock, garage, et shoegaze. Les bases noise-hardcore du quatuor de San Francisco ont presque disparu dans cet épais brouillard, nonobstant quelques montées de testostérone (« Everyone Knows Everyone »). S’y dessine à présent un post-punk minimaliste, caractérisé par la dualité rage-détachement, parfois transpercé d’un goth-rock froid et obsédant (les accents Bauhaus de « Flash »).

Le Henry Rollins de In My Head apparaît, puis disparaît sous tes yeux incrédules. Le rêve et l’état de veille se confondent. Les fantômes se prennent-ils pour des vivants? Ou serait-ce plutôt l’inverse? Tu commences à sautiller, croyant pogoter avec des chimères à crête, puis c’est l’hypnose qui t’envahit, la dissonance qui te mystifie, quand soudain un break mélodique cause l’apaisement. Creative Adult : musique du soir ou du matin? De l’indignation ou du désespoir? Une introspection.

Pour nous déboussoler encore un peu plus, des ondulations psychédéliques tenteront de nous faire céder à la peur panique. L’instrumental Psychic Message s’y essaiera pendant quatre minutes, marche épique d’outre-monde à laquelle se raccrocheraient volontiers les haut perchés de Destruction Unit. La confusion règne, comme l’annonçait le titre. Aucune issue à la névrose avant un final shoegaze chaudement mélancolique, rencontre fraternelle avec la voix qui nous hante (« Haunt »). Des bruits industriels nous ramènent à la réalité crue. L’expérience était belle et fascinante.

___8/10___                    

Artwork et textes : Tu peux toujours dire que c’est de l’art brut ou que ça fait très punk… Nous on dit que cette pochette est affreuse. Entre psychose et mysticisme, les écrits de Scott Phillips sont reproduits dans le gatefold.

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Chronique : ESPERIT! – La lluminosa

La lluminosa

  • Espagne / Février 2014 / 14 titres / 42:40
  • Label : Bankrobber
  • Genre : mosaïque psyché instrumentale
  • Format : album CD pochette carton
  • Autres formats disponibles : vinyle standard LP, téléchargement (MP3, FLAC, etc.)

Le jour où l’on a vu Dalmau Boada – multi-instrumentaliste au cœur du projet Esperit! – s’en sortir plus qu’honorablement seul face à une meute de hard-rockers pas forcément hyper ouverts d’esprit, on a décidé de lui consacrer une chronique. Ce soir-là il nous avait agréablement surpris par sa fraîcheur, son sourire et son insouciance. Faut dire que de l’insouciance il en fallait pour ouvrir le concert de Nashville Pussy avec cette musique insolite, légère et gentiment psychédélique. A moins que ce ne soit de l’audace ou du cran.

Le mec offre un véritable spectacle sur scène, jonglant habilement avec instruments, micros et pédales d’effets. Artiste farouchement indépendant, le solitaire du Montseny (Catalogne espagnole) a pris son envol, fort d’une solide expérience au sein de différents groupes et duos. Après un Endavant Continu (2011) très folk psyché, il revient avec des compos plus électriques, portées par un éclectisme effréné. A tel point qu’à la première écoute de La lluminosa, un effet-catalogue pointe son nez. Le disque finit pourtant par séduire, rappelant aux théoriciens et autres ritualistes dont nous faisons partie que la musique peut aussi être un moment de plaisir et de détente. Tout simplement.

Rando mystique sous un soleil de printemps, loin des hipsters

Au fil des écoutes le patchwork se mue en tapis volant qui invite au voyage et à la rêverie. Quel que soit le genre, tout est enveloppé d’un psychédélisme de velours, rien ne bascule vers le carrément pop ou la pure expérimentation. Désormais plus bohème qu’avant-gardiste, l’homme-orchestre se fait plaisir sans renoncer à sa liberté créative. En solo de twang hillbilly (« Dollars Bill »), branché en mode reggae/dub planant (« Ran Jah »), ou grattant une steel guitar années 30 (« Indi »), il n’a aucun complexe ni aucune prétention. On lève la tête, regarde le ciel bleu azur, avant de le rejoindre dans sa montagne, gagnés par une espèce d’éveil printanier.

Lorsque l’excellent « Psych Oh » vient provoquer désordre mental voire hypnose, sache que cette parenthèse krautrock fait partie de l’initiation. N’aie crainte car à la fin de la balade des moments de grâce t’attendent : la plénitude qui habite « O A » (poésie absurde héritée de Música Dispersa) et la désinvolture héroïque de « Veig La Fosca » (apparition du fantôme de Lou Reed). Le temps du repos venu, on regrettera que les deux incartades électro (synth-pop avec voix vocodée et glitchée pour « Kaisser », electronica pour « SMKMNTN ») soient moins convaincantes.

A vrai dire tout ça recèle un tel potentiel qu’on se surprend à rêver de quelque chose de plus ambitieux, en particulier au niveau de la production. De moins sage aussi. Peut-être perdrait-on alors le Dalmau Boada doux rêveur.

___6/10___                    

Artwork et textes : Pochette pertinente signée Ramon Ponsatí, à partir d’une photo des Agudes prise par Fernando Fornieles. La voix est utilisée comme un instrument, il n’y a quasiment pas de textes.

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Chronique : SCOTT H. BIRAM – Nothin’ But Blood

Nothin' But Blood

  • États-Unis / Février 2014 / 10 titres / 38:31
  • Label : Bloodshot Records
  • Genre : folk-blues rock
  • Format :  vinyle standard LP
  • Autres formats disponibles : CD (un titre supplémentaire), téléchargement (3 titres-bonus supplémentaires, sites habituels)

La quarantaine toute neuve, la casquette de trucker bien vissée sur la tête, Scott H. Biram passe sa vie sur scène et continue de sortir des disques, inlassablement. L’homme-orchestre a de la ressource et de l’énergie, faut dire. Le Dirty Old One Man Band (titre de son quatrième album) incarne à merveille une musique américaine située entre tradition et rébellion. Héritier d’un Lightnin’ Hopkins ou d’un Doc Watson, il communie avec les grands anciens, bien qu’ayant grandi avec Black Flag et Slayer.

C’est ainsi qu’après des débuts dans le punk, Biram s’est lancé dans une carrière solo, construisant un répertoire rude et survitaminé, à base de blues, country, bluegrass, de folk ou de gospel. Ambiance de bar reculé : bière et whiskey, peut-être un peu de bagarre, pas de cigarette électronique. Avec ce huitième album, le texan semble être tenté d’évoluer vers quelque chose de plus propre et de mieux produit, de moins intime aussi, ce que la pochette ne laissait pas supposer. Lui-même reconnaît que Nothin’ But Blood s’avère être un nom « déroutant ».

Toujours aussi bon ce bourbon, mais pense aux vitamines et garde la tête froide

L’énergie manque. Le fameux vieux micro saturé est délaissé. On a déjà entendu Biram chanter dans un mégaphone et voilà qu’on se retrouve avec trois ballades folk. L’inaugurale « Slow & Easy » évoque poétiquement une sorte de quête éternelle, mais semble née dans la douleur et déçoit faute de spontanéité. Si « Never Comin’ Home » convainc davantage, difficile de parler d’un hit en puissance à l’inverse d’un « Sinkin’ Down » (2009). Ensuite moins de rythme, pas de chanson de trucker, pas d’harmonica ni de yodel : où est passé notre hillbilly friend?

Les titres blues-punk, eux, sont au rendez-vous. Biram retrouve son exubérance avec l’adaptation thrashy du « Alcohol Blues » de Mance Lipscomb. Il y dégoise des horreurs (« you can’t be my woman, suckin’ and fuckin’ some other motherfuckin’ dude ») avant de se faire spirituel (« everybody rejoice : hallelujah! »). Ce contraste symbolise la personnalité complexe du chanteur, dont les modulations de voix étonnent. La guitare slide et les effets psychés qui dynamitent avec malice le traditionnel « Jack Of Diamonds » suscitent également l’enthousiasme.

Le reste (country-gospel, old blues lubrique, hard-rock) oscille entre le bon et le très bon, mais c’est surtout le délirant « Around The Bend » qui ne passe pas inaperçu : du hillbilly-metal bruyant et bourrin! Avec les albums de Biram on a l’habitude d’un joyeux bordel. Mais là, ça devient carrément de la schizophrénie. Quitte à se faire jeter du bar manu militari, un mot sur cette édition qui comporte quatre titres de moins que le streaming intégral : on s’foutrait pas un peu d’la platine du fan de vinyle, par hasard?

___6/10___                    

Artwork et textes : On aime la pochette poisseuse signée Mark Todd. Par contre les paroles ne sont pas fournies et ça, c’est énervant. Sinon bien sûr on retrouve des thèmes populaires classiques.

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Enflammades 2013 [7/9] : #Post #Krautrock #Prog

Enflammades 2013 #7 Ben quoi, il y a bien la slow food, la slow TV, alors pourquoi pas le slow blogging? On continue avec une fois encore une catégorie vaste, tellement vaste d’ailleurs qu’elle englobe des genres peu explorés sur F&D. On a aimé également : Cult Of Luna, Rival Schools, et Sigur Rós. Ou les plus méconnus Sannhet, bonne alternative à nos #4 et #5.

Teethed Glory & Injury#5 ALTAR OF PLAGUES – Teethed Glory & Injury (Profound Lore). Avant leur split les irlandais ont mis un point d’honneur à enregistrer ce troisième album qui en a fait frissonner plus d’un. A mille lieues de l’image bucolique de leur pays d’origine, leur black metal post-atmosphérique est âpre, cru (le chant…), froid, industriel. Tu devras toi aussi faire quelques contorsions pour apprécier ce disque, mais avec de l’entraînement…

Sunbather #4 DEAFHEAVEN – Sunbather (Deathwish Inc.). Un coup de com’ de génie (la pochette), un emballement médiatique un poil démesuré, mais avant tout un excellent disque. En dépit de quelques longueurs qui cassent un peu sa dynamique, cet album est probablement le plus abouti de la jeune et balbutiante histoire du post-black metal : l’alliage solide de post-rock, de black metal et de hardcore screamo est mis au point. Et la lumière fut.

Barry#3 MARVIN – Barry (Africantape). Déjà le troisième album pour cet impressionnant trio montpelliérain capable de remplacer le Benco pour te tirer du lit. Car oui promis les enfants ça déménage, y aura même du vocoder. Sur ces neuf titres débordant d’enthousiasme les guitares et claviers virevoltent, la batterie d’enfer invite à la frénésie. Une machine à tubes d’une nouvelle ère, quelque part entre krautrock, noise et disco-punk.

Tocsin#2 YEAR OF NO LIGHT – Tocsin (Debemur Morti Productions). Le groupe bordelais issu de la scène post-hardcore s’est agrandi, désormais spécialisé dans une musique instrumentale surpuissante. Un mur sonore infranchissable! Riffs ultra-massifs, crescendos post-rock et boucles krautrock hypnotiques t’envoûteront dans l’obscurité rassurante de ta petite chambre. Une cérémonie à domicile parrainée par l’ermite et le forgeron.

Survival#1 SURVIVAL – s/t (Thrill Jockey). On a beau nous expliquer que le premier opus de l’autre groupe de Hunter Hunt-Hendrix (Liturgy) peine à maintenir l’excellence de son premier titre (dont le clip figure dans notre classement n°2), pour nous c’est clair : coup de cœur! Neuf morceaux hyper-tendus, incandescents, construits autour de la répétition de riffs alambiqués qui s’adressent à la tête mais surtout au cœur. Hors du temps et du commun.

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Chronique : LURK – Kaldera

Kaldera

  • Finlande / Janvier 2014 / 8 titres / 45:27
  • Label : Doomentia Records
  • Genre : doom/sludge metal
  • Format : vinyle standard LP gatefold
  • Autres formats disponibles : CD digipack, téléchargement (sites habituels)

Ce groupe est sous-estimé. Peut-être que le fan de death le trouve trop lent. Le fan de sludge trop linéaire. Le fan de doom trop crade et sauvage. Le fan de post trop metal. Pour tous les autres : trop extrême. La musique des finlandais a cela d’étonnant qu’elle semble familière et pourtant si singulière. Bestiale, elle est cependant difficile à décrire, telle la Bête du Gévaudan engendrant maints récits et mille interprétations.

En 2012 Lurk apparaissait pour la première fois sur les plaines de l’Empire metal avec un album tonitruant. On attendait donc ce deuxième méfait avec impatience, espérant que la révélation ferait place à la confirmation. Attentes comblées : plus long que son prédécesseur, Kaldera se révèle plus riche et plus puissant (malgré un son maison). Jamais clair, le chant caverneux parvient à briser toute monotonie : à l’aise sur les terres primitives du death metal old school à la suédoise, Kimmo Koskinen varie beaucoup ses hurlements (parfois torturés) et maîtrise à la perfection ce qu’on pourrait appeler du « grogné-chanté » (« Rest Unitaries »). Une performance rare.

Un volcan s’éveille, l’humanité s’éteint (mais pas la Bête)

Ce chant bestial accompagne les riffs doom metal traditionnels, véritable colonne vertébrale de l’animal. On est donc assez loin des canons du sludge, d’autant plus que les contrastes rythmiques sont aux abonnés absents. Et pourtant l’atmosphère sombre, le pessimisme ambiant, les guitares lourdes et grasses, ou encore la discrétion de la grosse caisse (rien à voir avec les standards metal actuels) sont susceptibles de caresser la barbe du sludger dans le sens du poil. Nous, on est conquis par cette sauvagerie et cette puissance de l’instinct.

Kaldera, une éruption volcanique sans scories, rongeant la mécanique rodée d’un metal trop souvent propre et codifié. Dans ce magma sonore les refrains sont difficilement identifiables. Au début, tu auras du mal à t’y retrouver. Mais hormis la fin en queue de poisson de « 6 Feet, 6 Years », tout s’articule naturellement autour des riffs. Arpèges inquiétants ou guitares aériennes (« Ritual ») tissent une ambiance étrange (« Lorn » et son break de basse), à tel point qu’on verrait bien ces gars-là fricoter dans l’espace avec leurs compatriotes et camarades de l’extrême d’Oranssi Pazuzu.

On les entend plus franchement flirter avec le post-atmosphérique école Neurosis, ou encore le black metal, à l’occasion d’un final haletant. Manière peut-être de dédier l’œuvre – sulfureuse plutôt que lugubre – à « l’échec de l’humanité ». Lurk a l’audace d’orner trois de ses compositions d’instruments classiques (clarinette basse, violon, violoncelle), façonnant sa créature pour finalement l’auréoler d’une cérébralité à la fois surprenante et effrayante. Sacrée bestiole.

___8/10___                    

Artwork et textes : Sur cette pochette rebutante, une photo de fœtus qui illustre, selon le groupe lui-même, un échec total et absolu dans la vie. Ambiance. Les textes apocalyptiques figurent sur un encart (sur le gatefold lui-même ç’aurait été mieux). Si tu veux t’y pencher, accroche-toi.

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