Une chanson : « The Death Minstrel », par Procession

TothAustria-1049-Rilke-12-29-76-APilch_zps28e2cf7fGrand poète, grand groupe, grand chanteur : ça valait bien la création d’une nouvelle rubrique. C’est vrai que pour l’inaugurer, on aurait pu parler de quelque chose de plus classique : une chanson de Brel, Brassens ou Bruni (cherche l’intrus). Ben non, on va parler metal, mais attention, du metôl pas banôl. En effet, sous le titre « The Death Minstrel » se cache un poème mis en musique par l’excellent groupe Procession. Tu as bien lu. UN POÈME. Tu te dis peut-être que des metalleux-poètes, ça n’existe pas, ou alors c’est très rare, un peu comme un straight edge aux fêtes de Bayonne ou une bonne émission de télé en prime time. Et bien F&D va te montrer que non seulement c’est possible, mais qu’en plus ça peut te coller le frisson.

 

 Le titre figure sur l’album To Reap Heavens Apart (2013), dont on a vanté les immenses qualités ici. Pour rappel Procession est un groupe de doom metal (tendance heavy/lyrique) né au Chili, aujourd’hui installé en Suède, à l’exception de son bassiste fidèle à la patrie. La première chose qui nous a poussé à écrire ces lignes, c’est la « chanson » elle-même, point culminant d’un disque de haute volée. Une pure merveille, qui a pu voir le jour grâce au concours du légendaire chanteur A.A. Nemtheanga (Primordial, Dread Sovereign, Twilight Of The Gods) ayant accepté l’invitation du groupe. La seconde, c’est que l’idée est particulièrement originale, dans un domaine musical (le doom) assez codifié. Plus largement, de toute l’histoire du metal, peu se sont aventurés à réciter l’intégralité d’un poème, tout en l’intégrant de manière cohérente à un album. Il y a bien eu Arcturus (Poe) ou Agalloch (Yeats), mais rien de très marquant. Il doit certainement y avoir d’autres exemples, mais pas des masses. Enfin, « The Death Minstrel » recèle une actualité brûlante puisque Dread Sovereign rejoint ce soir à Rotterdam la tournée européenne de Procession. L’occasion peut-être (soyons fous) de voir Nemtheanga réciter ce poème sous ton regard admiratif.

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Quelques mots sur le poème, qui constitue un choix pertinent – pour ne pas dire le choix idéal compte tenu de l’approche musicale du groupe. L’auteur n’est autre que Rainer Maria Rilke, poète majeur de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. On pourrait croire que le poème a été écrit en anglais puisqu’ici, il est narré dans la langue de Shakespeare. En réalité il l’a été en allemand. Rilke est principalement reconnu pour ses poèmes en allemand, langue natale dont il maîtrisait la rythmique à la perfection – bien qu’il ait également écrit en français. Autre précision : on désigne souvent le poème sous le nom « La Mort », mais en réalité il n’a pas de titre. Pourquoi on te raconte tout ça? Parce que : 1) A la lecture de certaines interviews il apparaît qu’au sein de Procession tout le monde n’est pas au courant (on ne citera pas de nom), 2) C’est vraiment très intéressant. Non?

Come thou, thou last one, whom I recognize,
Unbearable pain throughout this body’s fabric:
As I in my spirit burned, see, I now burn in thee :
the wood that long resisted the advancing flames
Which thou kept flaring, I now am nourishinig
And burn in thee.
 
My gentle and mild being through thy ruthless fury
Has turned into a raging hell that is not from here.
Quite pure, quite free of future planning, I mounted
The tangled funeral pyre built for my suffering,
So sure of nothing more to buy for future needs,
While in my heart the stored reserves kept silent.
 
Is it still I, who there past all recognition burn?
Memories I do not seize and bring inside.
O life! O living! O to be outside!
And I in flames. And no one here who knows me. 
 

Procession partage avec Rilke un lyrisme évident, mais aussi l’obsession de la mort. Une fascination pourrait-on dire, car cet événement n’est pas perçu comme une fin en soi ni comme une disparition. Ce poème est le dernier de Rilke, écrit en 1926 une dizaine de jours avant qu’une leucémie ne l’emporte pour toujours. Ce contexte lui attribue donc un caractère explicite, une dimension pragmatique, la mort n’étant cette fois pas seulement conceptualisée, préparée, mais affrontée à l’occasion d’ultimes souffrances. Le feu, lui, rôde toujours autour de ce poète solitaire et voyageur. Il détruit, mais purifie aussi, ce qui peut en faire le symbole d’un désir d’éternité et de perfection. On le retrouve fréquemment dans les textes du groupe, adepte de la combinaison destruction/renaissance dans une perspective d’auto-dépassement. Le plomb qui devient or, solve et coagula disaient les alchimistes. Du visible à l’invisible, aurait dit Rilke.

Procession (live Karmøygeddon Metal Festival 2014)

Procession photographié au Karmøygeddon Metal Festival 2014 par Jørgen Freim. Tête de mort sur la sangle.

Qui mieux que Procession, donc, pour mettre en valeur ce magnifique poème? Quel meilleur poème pour élever la dramaturgie – dramatique ne veut pas dire dépressif – de ce doom metal? Ça y est on cède à notre tour à l’exaltation. Voilà un groupe avec une vraie démarche artistique, qui a quelques prétentions par-delà les poncifs du doom et le folklore metal en général (le cuir, les clous, le fun, les croix à l’endroit ou à l’envers, le noir, l’occultisme authentique ou forcé). On pourrait dire qu’il y a une âme qui se dresse fièrement dans cette musique (pas très originale la formule, mais poétique), ce qui n’assure pas des fins de mois confortables à ses auteurs, mais leur confère une gloire certaine. La passion et le dévouement sautent aux oreilles, tout particulièrement sur « The Death Minstrel », morceau minimaliste dans sa construction, simple techniquement, maximaliste dans son ambition.

image0200:01 Intro : des vagues s’écrasent et un feu crépite (à moins qu’il ne s’agisse du bruit de la pluie?). Puis une guitare acoustique pose la mélodie qui ne lâchera pas l’auditeur pendant plus de 6 minutes. Nous sommes plongés dans l’agonie d’un ménestrel, grattant quelques dernières notes sur son luth. Ambiance grosse chialade. Pourquoi diable un ménestrel, alors qu’il n’en est pas question dans le poème? Pourquoi ce titre énigmatique dans un anglais… étrange (« The Dead Minstrel » ou « Death Of A Minstrel » auraient été plus académiques)? Il y a une part de mystère. Peut-être une autre référence littéraire ou culturelle, ou bien un jeu de mot qu’on n’aurait pas pigé (le titre de l’album étant lui-même un jeu de mot). Peut-être que le groupe avait créé ce thème du ménestrel, puis l’idée du poème est apparue : « The Minstrel » + « Death » = « The Death Minstrel ». En quelque sorte. 0:38 Le bruit de la mer et du feu disparaît, c’est alors l’écho de percussions qui nous parvient, calé sur un rythme excessivement lent. On est presque dans du funeral doom : il s’agit du morceau le plus lent de l’album. Le plus tragique aussi. Un léger grondement basse fréquence se fait entendre. De lointains choeurs et le sifflement d’une respiration font monter la tension. 1:27 Cette fois il semble bien que ce soit la pluie qui fasse son apparition, tandis que les crépitements reviennent. Le relation avec les éléments est prégnante. On peut imaginer le ménestrel se livrant à la terre (« Souviens-toi que tu es poussière, et que tu redeviendras poussière »), ou penser à Rilke qui voyait des forces cachées dans la nature (« Je te vois, rose, livre entrebaillé »). La mort est un retour aux choses essentielles. Le grondement se fait plus fort.

2:33 Première strophe : c’est le déchirement de douleur, le grand frisson. Les guitares électriques se libèrent et explosent, la basse vrombit, tandis que la batterie poursuit le lent travail de sape. Nemtheanga débute la narration, regardant la faucheuse droit dans les yeux, avec une extraordinaire dignité. « As I in my spirit burned, see, I now burn in thee ». Scission du corps et de l’esprit, avant la réunion dans les flammes. Une fusion avec le grand Tout? Le corps a longtemps résisté, mais à l’instant présent, il cède. Ce fut toute une préparation, toute une vie. Celle de Rilke, lequel aimait considérer la mort comme une possible apothéose, consécutive à une longue ascension.

Nemtheanga (Paris 23-02-2014)

Il fait un peu peur le monsieur qui chante mais en fait il est très gentil. Photo de Nemtheanga prise par Karydwen lors du concert de Primordial à Paris le 23 février 2014

3:33 Deuxième strophe : la grosse caisse pointe son nez, battant la mesure tel un cœur qui bat. Le duo de guitares jumelles monte d’un ton, les harmonies soulèvent la plainte. De la douleur mais pas de peur. Rilke a dialogué avec la mort durant toute sa vie / son œuvre, il voulait se mettre d’accord avec elle, la faire mûrir en son corps, s’accomplir au travers d’ELLE. « Quite pure, quite free of future planning, I mounted the tangled funeral pyre built for my suffering ». C’est le basculement dans un outre-monde, ou le Monde tout simplement – tout dépend du point de vue duquel on se place. Le cœur se tait, la voie est libre, c’est le moment. Libéré de tout avenir, le ménestrel chevauche le bûcher. La mélodie se fait tantôt consonante tantôt dissonante, dans un processus de destruction-purification.

6:04 Troisième et dernière strophe. La tension est à son paroxysme. Nemtheanga force un petit peu sa voix. On reconnaît le Alan Averill (son nom d’état civil) narrant quelques phrases de Jean-Paul Sartre avec Primordial sur « The Soul Must Sleep » figurant sur Spirit The Earth Aflame (2000). Ici, sa performance est impeccable. Le risque était grand (pour un chanteur metal) d’en faire trop, de tomber dans la balourdise ou la pompe. Le ton est juste. Solennel, grave, mais juste. Quelle émotion dans cette voix, quelle diction remarquable! Quel talent de narrateur, tout simplement. Encore une fois il faut saluer Procession (dont le seul défaut est de chanter avec un accent chilien) pour ce choix inspiré de la rencontre entre Felipe Plaza (guitare, chant) et le chanteur irlandais. La seule narration du poème suffit à maintenir l’attention, le thème du ménestrel tirant en longueur. « O life! O living! O to be outside! And I in flames. And no one here who knows me ». La dissolution de l’être est en marche, les souvenirs sont abandonnés. Le Je existe toujours mais il devient Autre. Il est dehors mais n’est pas seul. Il est dehors pour l’éternité. La religiosité de Rilke met au défi le mysticisme d’un groupe de doom du XXIème siècle. FIN

Puisque toute traduction est trahison, surtout dans la poésie, voici la version originale. Les germanophones l’appellent communément le « Komm du… », en référence au premier vers. Tu trouveras, juxtaposée, une traduction française, qui aurait été réalisée par un dénommé Philippe Jacottet. Elle est assez médiocre, mais l’exercice est tellement difficile…

Komm du, du letzter, den ich anerkenne, / Approche, dernière chose que je reconnaisse,
Heilloser Schmerz im leiblichen Geweb: / Mal incurable dans l’étoffe de peau;
Wie ich im Geiste brannte, sieh, ich brenne / De même qu’en esprit j’ai brûlé, vois, je brûle
In dir; das Holz hat lange widerstrebt, / En toi; le bois longtemps a refusé
Der Flamme, die du loderst, zuzustimmen, / De consentir aux flammes que tu couves,
Nun aber nähr’ ich dich und brenn in dir. / A présent je te gave et brûle en toi.
 
Mein hiesig Mildsein wird in deinem Grimmen / Ma douceur de ce monde, quand tu fais rage
Ein Grimm der Hölle nicht von hier. / Devient rage infernale d’autre monde.
Ganz rein, ganz planlos frei von Zukunft stieg / Naïvement pur d’avenir, je suis
Ich auf des Leidens wirren Scheiterhaufen, / Monté sur le bûcher trouble de la douleur,
So sicher nirgend Künftiges zu kaufen / sûr de ne plus acheter d’avenir
Um dieses Herz, darin der Vorrat schwieg. / Pour ce cœur où la ressource était muette.
 
Bin ich es noch, der da unkenntlich brennt? / Suis-je encore, méconnaissable, ce qui brûle?
Erinnerungen reiß ich nicht herein. / Je n’y traînerai pas de souvenirs.
O Leben, Leben: Draußensein. / Ô vie, ô vie : être dehors.
Und ich in Lohe. Niemand der mich kennt. / Et moi en flammes. Nul qui me connaisse.
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Xtreme Fest 2014 – Albi [2/4] : Jour 2

Après une bonne nuit de sommeil et un petit-déj’ copieux nous voilà de retour dans ce Parc des Expositions. Il est 14h05, et dans une dizaine de minutes on est partis pour plus de onze heures de concerts non-stop : punk, hardcore, metal… Ça va piquer. Pour ceux qui ont passé une nuit Xtreme au camping ça pique sûrement déjà. D’autres, au contraire, viennent d’arriver ce samedi, frais comme des gardons à l’entame de cette grosse journée, très attendue par les nombreux fans de NOFX. Entre autres.

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Smashed déboule sur la X Stage sous la chaleur, ce qui a de quoi surprendre vu l’été bien pourri qu’on se farcit. Les co-vainqueurs du Tremplin Xtreme Fest annoncent qu’ils « représente[nt] la Bigorre ». Cependant les mecs ne sont pas là pour te vendre des haricots tarbais mais te balancer une purée death metal qui tâche. Les titres des morceaux sont annoncés avec une voix d’outre-tombe, comme la tradition l’exige, et en tendant un peu l’oreille on découvre le penchant du groupe pour le crado : « Anal Blast », « Hellzheimer », un hommage au film Street Trash… Il n’est donc pas étonnant que nos cages à miel robustes se mettent à vibrer au son d’un death metal tendance Cannibal Corpse early nineties, toujours marqué par le thrash et pas encore trop brutal. Son grave, rapidité, riffs acérés, vocaux ultra gutturaux parfois carrément porcins : malgré l’absence de son bassiste, Smashed joue avec ardeur et nous révèle un haut niveau technique. Une purée tomato-ketchup aux petits oignons, en somme. Un jeune groupe à soutenir après sa première démo 5 titres.

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En route pour une autre découverte sur la Zguen Stage, à son tour plongée dans les années 90 dès l’instant où Woodwork commence à faire cracher les amplis. Mais attention, les toulousains sont dans un registre tout à fait différent puisqu’ils jouent du vegan hardcore new school, comme disent les anciens combattants. Et oui parce qu’il fut une époque où new school n’était pas synonyme de metalcore, et que chez de nombreux groupes LE SON HARDCORE avait autant à voir avec le noise rock que le metal. Pour notre grand plaisir Woodwork nous agresse direct avec un son bien rugueux. Manque juste une batterie qui claque un peu plus les watts, mais on est dedans quand même, les poings serrés. Des moulinets s’activent au sein d’un public qui s’active sur une poignée de mosh parts mais pas uniquement, car la tension est permanente, l’énergie communicative.

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Le chant principalement hurlé fait forte impression et répand un sentiment de révolte tout aussi dangereux que salutaire. Car comme en témoigne le T-shirt Catharsis « No Gods No Masters » porté par et avec conviction, Woodwork est un groupe engagé (en faveur des droits des animaux notamment) dont le discours est au centre de la musique. Nicolas (chant) nous parle d’immigration ou de la Palestine – avec intelligence d’ailleurs. Applaudissements à l’annonce d’un reversement de recettes au profit de la population de Gaza. Ça fait du bien d’entendre tout cela, parce que les zombies le gore l’alcool et la fiesta, c’est sympa mais bon ça va pas changer le monde ni redresser nos âmes en déroute. 15h08 : fin. C’était très bon. Ces mecs nous ont offert un des temps forts de la journée, eux pour qui hardcore et DIY seront toujours synonymes d’indépendance radicale, de défiance et de colère. OK on n’est pas dans un rassemblement anarcho-punk, mais c’est quand même un peu dommage de constater qu’ils font presque figure de mouton noir dans un festival regorgeant de groupes punk et hardcore…

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Retour sur la X Stage et encore une fois changement total d’ambiance avec Smoke Deluxe qui remplace Straightaway. Hier nous avions assisté à seulement quelques minutes de la prestation des basques; après un bref ravitaillement on ouvre aujourd’hui grands les yeux et les oreilles. Bon, on va pas se mentir : après Woodwork pas évident de se plonger dans leur hard-rock enfumé, composé de titres tels que « Rock Drink Fuck Die » (c’est simple la vie finalement). Nous faudrait peut-être deux-trois rasades de Jack Daniel’s. Son Jack, Smoke Deluxe le mélange à du punk rock, y ajoute un zeste de heavy metal, le boit cul sec avant d’allumer une clope. Rock’n’roll. Le chant, appuyé par des chœurs, est très mélodique, tandis qu’un mégaphone est employé avec parcimonie, pour le côté bruyant. La rythmique est béton notamment grâce à Iñaki Plaa, épatant batteur qui envoie du bois comme dans un concours de force basque. Très bon son et ambiance bien cool. Cette jeune bande de rockeurs virils se révèle être une sympathique découverte, même si pour la mener on aurait préféré une voix éraillée à la Zeke, ou carrément à la Motörhead.

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On passe pour l’instant un très bon après-midi et ça va continuer avec Homesick sur la petite Zguen Stage. Casquette à l’envers, croix dessinées sur le dos de la main, le jeune chanteur du groupe nous renvoie à une autre époque, celle d’un hardcore straight edge, positif, conscient et résolument DIY. Ces gars-là nous viennent d’Angers mais on les verrait bien jouer dans un club +21 de la East Coast. Ça joue du punk-hardcore pour nous « sortir de la morosité du quotidien », c’est frais, le son est excellent, on a envie de se transformer en balle rebondissante et de participer au sing-along de « The Good Days Are Far Now ». Les chœurs et le rythme endiablé foutent la patate, entre deux assauts racisme sexisme et homophobie sont taclés à la carotide. C’est pas parce que c’est mélodique que ça va parler de champs de coquelicots. Homesick, une cure de jouvence de laquelle on sort réenchantés, désireux de retrouver ses amis pour partager des joies simples et refuser la fatalité. Curieusement c’est dans un moment de félicité qu’on choisit de faire le mouton, partant à la moitié du set pour le premier concert sur la Main Stage. Choix qu’on regrettera bientôt…

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Cinquième groupe de la journée et cinquième ambiance différente, puisqu’on passe d’un hardcore mélo à la Lifetime à un hardcore tough guy à la Throwdown. Grand écart. En effet les locaux de Black Knives ne pensent qu’à une chose : te faire mosher sur leurs nouveaux titres farcis de riffs meurtriers et de breakdown propulsés par une décharge d’infrabasses (une mode vraiment pénible soit dit en passant). Aucune mélodie, pas de chant clair – s’il était besoin de préciser. Baston générale et wall of death dans le cahier des charges. Le metalcore bien lourd des ex-8control penche même du côté de la sous-sous-catégorie beatdown, laquelle ferait passer Hatebreed et Terror pour des musiciens arty. A la base on n’est pas très fans de cette musique souvent dépourvue de message et de personnalité, même si en mode live on se laisse prendre au jeu. Mais quand en plus le son est une bouillie comme aujourd’hui dans ce Scénith, c’est pas possible… Rien à retenir de ce concert malheureusement, si ce n’est un tsunami de basses et le spectacle des karatékas. Au moins y en qui s’éclatent dans le pit. Trop tard pour assister à la fin d’Homesick. Séquence ennui. Dans d’autres conditions on aurait peut-être kiffé. Ou pas.

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A la sortie on est un peu down mais Authority Zero va faire le nécessaire pour nous réveiller. Ça part tambour battant sur un punk rock à la limite du hardcore mélo, mais très rapidement on comprend que ce ce groupe qui nous vient d’Arizona a plus d’un tour dans son sac. Car si les fans de punk à roulettes s’excitent sur cette X Stage, guitare acoustique, ska punk et reggae font leur apparition dans le festival. Les plus chevelus parmi les chevelus s’en vont donc à la buvette, mais nombreux sont les curieux captivés par l’énergie de Jason DeVore, frontman qui a survécu aux importants changements de line up de ses dernières années. Descendant voir la foule lorsqu’il ne balaie pas la scène comme un essuie-glace, l’exhortant à faire plus de bruit, c’est lui qui va enflammer un public au départ un peu timide. Ce mec n’a pas une voix extraordinaire ni un charisme fou, mais quelle présence! On n’a vu que lui.

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Après avoir eu l’impression de voir le Sublime du XXIème siècle (si t’écoutais Sublime au lycée tape dans tes mains, si t’écoutais…), Jason se fait pop singer à la voix légèrement rauque pour un morceau folk. Le son se met à partir en couille mais show must go on! Ça va durer quelques minutes l’histoire et ni les musiciens ni la technique ne semblent s’en inquiéter. Heureusement tout sera rétabli au cours de « The Rattlin’ Bog », chanson irlandaise interprétée par un Jason de feu, avec la grosse caisse pour seul accompagnement. Quel coffre! Applaudissements chaleureux. Ça continue sur du folk-rock, mais cette fois la promenade traîne un peu en longueur. Qu’importe, l’assistance est déjà conquise par ce groupe pas tout à fait comme les autres, et se tient dans les starting-blocks, prête à s’élancer au retour de la guitare électrique. Le concert se termine donc dans une ambiance festive et bon enfant, on aperçoit même une chenille (!) déambuler au rythme d’un punk rock fonceur. En dépit d’un set un peu décousu Authority Zero s’impose comme un groupe à la fois intéressant et attachant.

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On se prend un petit quart d’heure pour souffler et se ravitailler avant Angelus Apatrida sur la Main Stage. La présence des espagnols illustre les bonnes relations entretenues avec le Resurrection Fest qui se tient en Galice au même moment; cette année de nombreux groupes sont présents sur les deux événements. Un guitariste a une jambe dans le plâtre mais les quatre thrasheurs sont en forme : circle pit dès le premier morceau! Encore une fois le son provoque des frayeurs, mais au bout d’une dizaine de minutes les choses semblent s’arranger, sauf pour le chant dont les envolées heavy ne seront pas vraiment mises à l’honneur. Dans un état d’esprit assez similaire à celui manifesté hier par Havok (« Corruption », « Fresh Pleasure » ou « Thrash Attack »), le combo formé au début du siècle fait sensation avec son thrash marqué au fer rouge par les années 80 (Megadeath, Metallica ou Testament). Les vieux de la vieille apprécient la haute qualité technique de l’ensemble et la forte empreinte speed metal, tandis que les moshers s’excitent sur des parties mid tempo ravageuses, tels des taureaux dans l’arène. Ainsi quand le batteur brandit des mailloches c’est pour planter quelques secondes plus tard les banderilles de l’excellent « You Are Next ». Fallait se méfier de l’intro.

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Il est 18h30 et c’est débordant d’enthousiasme que l’on retourne sur la X Stage assister à la prestation d’autres espagnols : Berri Txarrak. Plus précisément et comme l’indiquent leur patronyme ainsi que le drapeau qui flotte au premier rang, c’est d’un groupe basque dont il s’agit. L’identité est forte puisque les textes sont entièrement chantés en euskara, et qu’on est en présence d’illustres représentants d’un « rock basque » influencé par une scène jadis radicale, n’hésitant pas à mélanger les genres et briser les codes. Depuis vingt ans le trio (là aussi une originalité dans ce fest) combine audacieusement rock indé, punk rock, post-hardcore et metal. Le charme ténébreux de Gorka Urbizu, guitariste-chanteur-leader dont la sobriété n’efface pas un certain charisme, attire comme d’habitude son lot de groupies, tandis qu’une poignée de fans essentiellement basques et catalans s’impatiente en première ligne. Pour le reste, ça n’est pas la bousculade dans la fosse : loin du 64 Berri Txarrak n’attire guère les foules.

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C’est bien dommage car il n’y a pas que les yeux sombres de Gorka, il y a un vrai groupe (malgré les changement récents de batteur et bassiste) qui joue magnifiquement avec les émotions : la mélancolie tente de contrarier une force sauvage et rebelle, d’imparables refrains mettent tout le monde d’accord. Le rock tendu et poignant de « Albo, Kalteak » nous plonge tout de suite dans le vif du sujet : le son propre et puissant est l’un des meilleurs du week-end, le sentiment d’urgence est prégnant… On se met à suivre les nombreux changements de rythme avec le cercle d’irréductibles se trémoussant là-devant. Ça enchaîne rapidos avec deux titres aux riffs redoutables et au groove rappelant System Of A Down, puis sur les tubes « Jaio.Musika.Hil » (refrain en acier inoxydable) et « FAQ » (post-hardcore tubesque, crois-le ou pas). Le show est hyper bien huilé et ne laisse que peu de répits (de brefs remerciements au public et un mot pour la population de Gaza) : la maîtrise des gaziers saute aux yeux, eux qui enfilent les tournées comme des perles et qui ont bossé avec Steve Albini et Ross Robinson, excuse du peu.

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Impossible de ne pas sautiller sur le rapide « Ez Dut Nahi », car outre la rythmique, la voix d’ado de Gorka apporte son éternelle fraîcheur, dessine des mélodies pleines de sincérité. Berri Txarrak fait la surprise de présenter un titre de son huitième album à paraître en fin de l’année : les années passent mais l’agressivité est toujours là, la passion intacte. La qualité du songwriting fait le reste. La recette ne change pas vraiment mais on en veut toujours de ce rock ultra-dynamique, sans vanité ni complaisance. Retour sur des classiques (super)power pop avant les mélodies frénétiques de « Denak Ez Du Balio », gonflées au punk-hardcore (sur l’original Tim McIlrath de Rise Against est invité). C’est finalement le musclé « Oihu » qui clôture une excellente setlist, bien sentie et équilibrée. Il n’y a malheureusement plus de place pour « Tortura Nonnahi », vieux succès hardcore / speed metal (euskal rock = WTF parfois). En dépit d’une performance solide et mature, les basques n’ont rencontré qu’un succès modeste, la faute à une timide notoriété dans l’hexagone, tout du moins insuffisante en cette fin d’après-midi chargée. Injuste et dommage au regard du spectacle proposé. Une grosse bouffée d’oxygène ce concert.

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La setlist :

Albo, Kalteak
Stereo
Pintadek
Jaio.Musika.Hil
FAQ
Ez Dut Nahi
Etsia
Zertarako Amestu
Isiltzen Banaiz
Denak Ez Du Balio
Oihu

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On tarde un peu à quitter la X Stage après cet excellent moment, pas de Youth Avoiders pour nous. Moment de quiétude au cours duquel on échange quelques mots avec d’autres aficionados. Le repos est de courte durée car bientôt c’est au tour des légendaires américains de Suffocation. On se dirige donc lentement vers la Main Stage pour revoir en chair et en os les auteurs de Human Waste (1991), souvent considéré comme le premier enregistrement de brutal death metal. Malheureusement le sourire et le charisme de Franck Mullen (vocaux de porc élevé au bon grain) ne sauveront pas un concert livré dans des conditions sonores désastreuses. Quelle que soit notre situation dans ce vaste bloc (plus de 2400 m² on le rappelle), c’est lourd et cafouilleux. La cata intégrale. Alors on ne va pas s’acharner sur ce Scénith, on va plutôt dire qu’il y avait certainement mieux à faire côté mixage, comme par exemple baisser le volume et rééquilibrer le son en défaveur des basses. Trop souvent les concerts de brutal death sont massacrés. Et y en a un peu marre.

IMG_4333Dans brutal death il y a « brutal », donc faut que ça envoie. OK. Mais le genre est aussi connu pour sa vitesse supersonique, sa technicité, la complexité des riffs de guitare et leur nombre. Un son déséquilibré, des problèmes de réverbération des fréquences, et c’est tout de suite la purée de cacahuètes. Ce soir nos oreilles suffoquent et pourtant, les metalheads sont plutôt nombreux à se déchaîner dans le pit. Face à ce mystérieux phénomène, nous cherchons une explication rationnelle. 1. C’est la preuve d’une invasion extraterrestre (c’est pas très rationnel). 2. Ce sont des inconditionnels du groupe ayant l’extraordinaire faculté de reconnaître les morceaux en toutes circonstances, OUI, reconnaître les morceaux (peu probable). 3. Ce sont des mecs qui – surtout après une douzaine de bières – adorent bouger sur un fond sonore composé de hurlements gutturaux, de guitares sous-accordées et de blast beats (possible). 4. Ce sont des mecs bourrés (possible également).

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La tête basse, on retourne sur la X Stage qui jusqu’à présent ne nous a jamais déçus. Les mecs de A Wilhelm Scream (AWS) déboulent sur scène comme des morts de faim, sous l’impulsion de leur gaillard de chanteur, lequel arbore une casquette Municipal Waste à la visière relevée. Ça sent le truc foufou. En effet tappings de guitare survoltés et solos heavy metal flamboyants viennent rapidement se friter à un punk-hardcore un peu à la Strung Out… Non mais c’est quoi ce bordel qui c’est qu’a mis de la Kro dans la 8.6?!?! Ce premier sentiment d’incompréhension va vite s’évanouir. Les américains partagent avec Berri Txarrak un goût pour les changements de tempo et les power chords d’inspiration metal, mais jouent plus vite, dans une ambiance plus fun, et dans un style plus sophistiqué. Autre différence avec les basques qui les ont précédés ici même : le groupe est beaucoup plus attendu par les festivaliers! C’est donc le moment d’avouer que chez F&D on ne connaissait pas AWS. Du tout. Mais ça t’avais peut-être déjà pigé.

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Comme hier pendant The Black Zombie Procession des gouttes tombent, mais c’est surtout une pluie de slams qui s’abat sur cette X Stage bénite. Ambiance de folie pour ce punk-hardcore d’un niveau technique assez ahurissant, blindé de mélodies gonflées aux hormones, peu enclin aux accalmies pop rock. On se demande comment tout cela est cohérent, enfin non on ne se pose aucune question en fait, c’est juste évident. C’est ça qui est fort. Au chant, le vindicatif Nuno Pereira (merci Wiki!) est une bête de scène qui réveillerait un mort électro-choqué par tant de fraîcheur. Ces punks voient plus loin que le bout de leur manche, shredders sans prétention, amoureux de la vie avant tout et se foutant pas mal des conventions. Tapping de basse en plein couplet pour « The Horse », ça galope comme s’il fallait vivre ce J2 comme le dernier. C’est passé vite comme pour l’enfant dont la notion du temps est très floue. Grosse claque. Faut dire qu’en ignorant totalement l’important répertoire d’AWS (un paquet d’album dans la besace tout de même), nous avions pris le risque d’une sévère correction.

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Débordant à nouveau de vitalité, nous prend l’envie d’appuyer sur le champignon et de courir auprès de chaque scène en mouvement. Bien que l’heure fatidique de Converge approche on décide de faire un détour par la Zguen Stage sur laquelle Justin(e) ouvre son concert par des « Ça va la Palestine? Ça va Israël? ». Provocation punk à l’ancienne pour ces poils à gratter de la nouvelle génération punk française. Le poil bien rêche, clope et binouze parfaitement fondues dans une dégaine négligée, Alex (chant) compose un gouvernement utopique sous les applaudissements du public. La musique? En quelques titres les nantais nous ont convaincus avec leur punk rock à textes, énergique et hargneux. On a eu le groupe engagé, on a maintenant le groupe révolté. Et là encore ça fait du bien parce que le punk ça signifie quelque chose, c’est bien de le rappeler. Un son excellent et des refrains fédérateurs nous étirent des zygomatiques déjà bien en forme. Malheureusement Converge nous appelle. C’est dans ces moments-là qu’un festival à plusieurs scènes peut s’avérer cruel…

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On pénètre à nouveau les portes du Scénith pour notre favori du jour : Converge. Paradoxalement on n’est pas très sereins, d’abord parce qu’on regrette un peu de rater la fin de Justin(e), ensuite parce que le son nous inquiète grandement après la mauvaise expérience Suffocation. Le hardcore rapide et chaotique du quatuor peut difficilement être apprécié dans des conditions d’écoute médiocres. Voilà presque dix ans qu’on n’a pas revu le légendaire groupe de Boston, acteur important de la scène new school des années 90, acteur majeur d’un hardcore dit « moderne » depuis Jane Doe (2001) – album qui a fait exploser sa notoriété. Il y aura toujours quelques détracteurs, parmi les puristes du hardcore ou ceux qui n’apprécient guère la personnalité de Jacob Bannon (qui porte aujourd’hui un haut North Face pas fondamentalement hardcore punk dans l’esprit). Mais si on s’en tient strictement à la musique on considère Converge comme l’un des meilleurs groupes actuels, toutes catégories confondues. Le dernier album en date, paru fin 2012, est une pure tuerie qui a réveillé notre désir de les voir sur scène.

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Les premières minutes sont stressantes car on peine à reconnaître le crusty « Eagles Become Vultures ». Certes ce morceau a dix ans et n’est pas tout frais dans nos têtes. Mais c’est surtout le son qui nous plonge en apnée : la guitare de Kurt Ballou peine à trouver sa place dans cette salle qui résonne, tandis que les backing vocals de Nate Newton (basse) sont beaucoup trop puissantes. La voix de Converge est et DOIT être avant tout celle de Jacob Bannon! C’est d’ailleurs lui qui, par ses plaintes ou ses hurlements reconnaissables entre mille, sert parfois de bouée à nos oreilles qui tentent d’éviter la noyade. Bon il y a aussi les implacables breakdowns « à la Converge », frappes au napalm auxquelles il est impossible d’échapper; on se prend le premier tir au bout de deux minutes, on n’est pas restés groggy très longtemps! Voilà c’est parti pour une petite heure de show, dont la setlist se révèle intelligente – n’en déplaise aux fans de la première heure. Nos tympans se cramponnent (quelques décrochages), c’est souvent à la limite mais on courbe l’échine (putain c’est quand même Converge là), pour finalement saisir la substantifique moelle d’un concert… pas si mal finalement.

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Bannon? Magnétique. Moins torturé et plus communicatif qu’auparavant, meilleur hurleur et chanteur. Ballou? Concentré dans l’exécution de ses riffs extravagants, tappings jubilatoires et micro-solos faisant de Converge bien plus que du mathcore ou du metalcore. La rythmique? Impitoyable, infernale. L’ambiance? Pas trop regardé à vrai dire. Par contre le coup poing dans le dos asséné par un mosher isolé, on l’a senti. Pas de bol car on est loin de la violence inouïe des concerts d’antan, tu sais quand fallait pas avoir peur de se faire marcher sur la gueule (au sens propre). En revanche les émotions sont toujours aussi intenses. « All We Love We Leave Behind » nous met la larme à l’œil (malgré les backing envahissantes de Newton), « Trespasses » massacre à la tronçonneuse nos cœurs attendris, « Grim Heart / Black Rose » (post-ballade sludgy sortie du placard) nous surprend agréablement avec son crescendo haletant et son final torride. Le génial « Glacial Pace » nous met la tête sens dessus dessous, puis « Heaven In Her Arms » et son refrain diabolique amorcent un retour en arrière : les cinq derniers morceaux mettent à l’honneur les mythiques Jane Doe et You Fail Me. Plaisir du fan, joie de recevoir.

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La setlist :

Eagles Become Vultures
Aimless Arrow
Runaway
Axe To Fall
All We Love We Leave Behind
Trespasses
Grim Heart / Black Rose
Reap What You Sow
Glacial Pace
Heaven In Her Arms
Heartless
Concubine
Fault And Fracture
Last Light

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Pas le temps de tirer de conclusion puisque un autre groupe de légende démarre sur la X Stage. Coïncidence ou clin d’œil de la programmation, Bane était au départ un side project de… Converge! Au-delà des différences musicales les deux formations ont connu des trajectoires distinctes. En comparaison la carrière de Bane s’est déroulée dans une relative discrétion, sans honneurs particuliers. Pas de star dans ce groupe dont la longévité et la fidélité à la scène hardcore lui ont tout de même offert le statut de « groupe culte ». D’ailleurs si ton fils de quatorze ans s’intéresse à la musique et te demande « Papa, c’est quoi le hardcore? », inutile de te lancer dans un cours d’histoire hasardeux : tu prends un skeud de Bane, appuies sur lecture avant de proclamer avec solennité : « Le hardcore, c’est ça, mon fils ». Alors il comprendra. Car depuis vingt ans ces éternels kids perpétuent instinctivement un hardcore positif, sensible, conscient mais résolument fun. Dévoués et pourtant libres comme une bande d’ados qui refusent d’être happés par la société. Le hardcore traditionnel, en somme.

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Intro de « All The Way Through » : l’occasion pour Aaron Bedard (chant) de se livrer à l’une des danses guignolesques dont il a le secret. Aucune prétention chez ces mecs qui marchent à la passion. Pas aux drogues puisqu’ils sont straight edge. Au fric encore moins. Le look et la dégaine de beauf total de Bedard – sorte de Big Lebowski mais sans le verre de russe blanc – l’attestent. Fidèle à la tradition hardcore de proximité avec le public (fusion quand le lieu le permet), il ne tarde pas à se coller aux barrières pour tendre le micro au public. De là à parler de pile on il y a de la marge car ça ne se bouscule pas au portillon, malheureusement. Le public tarde à s’enthousiasmer mais ça finit par s’enflammer, et pour cause. La recette n’est pas nouvelle mais demeure tellement efficace : un chanteur à cœur ouvert dont la voix haut perchée est immédiatement reconnaissable, des chœurs puissants, un son rêche qui descend direct dans les pieds et les poings, une énergie héritée du youth crew des années 80, des mélodies, quelques breakdowns, de la tension, beaucoup de tension…

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Pour représentatifs qu’ils soient d’un hardcore explosif et direct, les natifs du Massachusetts proposent une musique relativement riche et variée, avec par exemple de nombreux changements de tempo. Les morceaux peinent à s’enchaîner, mais ça c’est le côté décontracté du combo (y a peut-être un peu de fatigue aussi), car en vérité la scène a toujours été leur royaume. Du classique old school « Count Me Out » aux adieux déchirants de « Final Backward Glance », l’inépuisable flamme éclaire la nuit et nous chauffe le cœur. L’émotion est énorme. « Every Bane song is a love song », confesse Bedart. Cette année, Bane a annoncé sa fin, avec un nouvel album présenté comme le dernier, et le désir affirmé d’arrêter la scène… Sans pour autant fixer de date. Ces mecs-là vont-ils réussir à arrêter? Vraiment? On a du mal à y croire après ce concert court mais intense (normal pour du hardcore), qui a suscité l’admiration et l’extase (c’est déjà plus exceptionnel) d’un public pas assez nombreux.

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En revanche c’est la foule des grands soirs dans le Scénith pour accueillir NOFX, le groupe le plus attendu de ce Xtreme Fest. Même en backstage c’est la cohue. Quelque part c’est logique : les californiens jouent un punk rock accessible, en plus d’être respectés du public punk pour leur attitude rebelle, leur longévité et la qualité constante de leurs albums. Quel lycéen en France, de 1995 à nos jours, n’a pas aperçu dans la cour de son établissement un T-shirt à l’effigie du groupe? Ou au moins vu le logo griffonné sur une table? Bon à la fac alors? Oui parce que NOFX, on continuera de les écouter, pendant la fac, après la fac, peut-être même un jour en maison de retraite. Ceci pour une raison simple : ce groupe est fichtrement bon. Ce soir le public est impatient, et nous avec, c’est pas tous les jours que tu peux voir NOFX à Albi. NOFX à Albi. NOFX à Albi. NOFX à Albi. Le quatuor déjanté se fait attendre. Ça commence à être un peu long. Ah ça y est les voilà, enfin! Accroché à son grand verre de vodka campari, l’œil hagard, Fat Mike commence à dire deux-trois conneries. On a beau connaître les lascars on croit d’abord à de la comédie. Mais en fait non : le bassiste/chanteur est vraiment bien éméché.

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Et ça ne s’arrangera pas puisque son godet ne restera jamais vide bien longtemps. Miraculeusement, dès les premières notes de « 60% » qui ouvre le bal comme de coutume, ça tient la route. Faut dire que les trois autres semblent en meilleur état. Eric Melvin (guitare et dreadlocks) s’adonne même aux sauts de cabri qui le caractérisent. La fête peut donc commencer pour le public. Superbe ambiance au sein d’une foule compacte, en particulier lorsque surgissent les classiques du groupe : « Murder The Government », « Leave It Alone », ou « The Separation Of Church And Skate » (« best NOFX song » nous dit ce farceur de Fat Mike). NOFX est autant un groupe de « punk à roulette » que de « punk à crête », donc tout le monde est content. En plus ils ont décidé de flatter le public français avec « Franco Un-American », le standard « What My Love » (version punk-trompette du « Et Maintenant » de Bécaud) et surtout « Champs Elysées » (Mike n’a toujours pas appris les paroles). Quelques titres reggae/ska sont également au rendez-vous et nous permettent de souffler dans une fosse surchauffée. Plus d’une vingtaine de chansons, tout pour être heureux. Oui mais… Car il y a plusieurs « mais ».

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Pour commencer, l’attitude désinvolte du groupe nous a un peu gonflés. Enfin celle de Fat Mike en particulier, pas très motivé ou trop défoncé. Le chanteur semble laisser de plus en plus les autres faire le boulot, comme sur « Stickin’ In My Eye » (le meilleur titre de NOFX selon F&D). Remerciements forcés, rappel un peu bidon, manque d’énergie (Melvin n’a pas sauté bien longtemps)… On a un peu l’impression que c’est service minimum ce soir, ce qui contraste avec l’excitation des Albigeois. Ensuite ce qui est pénible avec NOFX, c’est qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de faire les clowns, déconner entre eux, jacter et encore jacter (tout l’inverse des Sheriff hier). Ça fait partie de leur identité, et puis les mecs sont plutôt drôles, comme par exemple lorsqu’ils font des comparaisons musicales : « Punk rock : trumpet. Metal : no trumpet ». OK mais faudrait juste que quelqu’un se dévoue pour leur expliquer UNE BONNE FOIS POUR TOUTES que malgré le débarquement d’il y a 70 ans, les Frenchy – dans leur immense majorité – NE SONT PAS bilingues. Leur blabla fait peut-être un malheur du côté de San Francisco, mais ici 95% des spectateurs s’en tamponnent le coquillard! Donc voilà à la place de tout ce cirque quelques morceaux en plus ç’aurait été sympa. « Don’t Call Me White », par exemple.

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NOFX avait commencé en retard et finit donc en retard, vite vite vite on se dépêche de sortir car Red Fang envoie déjà des décibels sur le X Stage, en clôture de cette seconde journée. On avait récemment raté les barbus de Portland lors de leur passage à Toulouse, voici une belle occasion de les découvrir sur scène. Bonne idée de caser du stoner metal en cette heure tardive, ce changement de style impulse une nouvelle dynamique alors qu’on s’est rincés au punk et au hardcore tout l’après-midi. Aucun sentiment de fatigue ni de lassitude. Première impression : le son poutre comme un vieux bucheron de l’Oregon habitué à couper du séquoia à la hache. Brut et massif! Au début la basse nous semble même un peu too much. Là c’est plus que du stoner, c’est du sludge, les enfants! Seconde impression : les mecs sont super impliqués. Ça tranche avec le concert précédent. Le duo vocal Aaron Beam – Bryan Giles convainc avec des lignes de chant limpides, ce qui n’est pas toujours le cas lorsque les groupes du genre quittent la magie des studios. Si la Fange Rouge est une valeur montante de ces dernières années, c’est qu’il y a des raisons.

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Le mot d’ordre du groupe, c’est l’efficacité, via des riffs directs et puissants, une section rythmique en béton, et des mélodies vocales accrocheuses. On n’est pas loin de la mosh part sur le très agressif « Malverde ». Efficacité toujours avec « Blood Like Cream », tube façon Queens Of The Stone Age, en plus heavy bien sûr. Le stoner-punk hyper rentre-dedans de « No Hope » finit même par déclencher un pogo. Enfin! On dit ça mais en fait, pas facile d’aborder la musique de ce quatuor qui ne choisit pas entre feeling metal ou rock’n’roll, l’ombre ou la lumière (le ciel s’obscurcit souvent pour du stoner), l’humour ou le sérieux. Ayant visionné leurs clips comiques on est un peu surpris par tant de professionnalisme ce soir. Comme quoi il en faut peu pour faire naître un préjugé. L’intro en feedback de « Prehistoric Dog » opère un lavage de cerveau et désormais, on se lâche complètement. Mais la fin arrive, les 45 minutes se sont trop vite écoulées, le public en délire n’a pu arracher qu’un petit rappel. Il est environ 1h30 du matin mais on reprendrait bien du dessert. Quelle fantastique journée, tout de même. Il est temps de regagner nos pénates, dans le silence anachronique de la campagne tarnaise.

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Photos : ♦atreyu64♦ Pour plus de photos de ce Jour 2 c’est par là!
Texte : ♠adrinflames♠ et ♦atreyu64♦

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Chronique : CASTLE – Under Siege

Under Siege

  • États-Unis / Mai 2014 / 8 titres / 33:48
  • Label : Ván (Europe) et Prosthetic (reste du monde)
  • Genre : heavy metal occulte
  • Format :  vinyle standard LP
  • Autres formats disponibles : CD digipack, téléchargement (sites habituels)

– Salut!

– Yo! Dis donc, t’as reçu quoi dernièrement parce que j’en ai marre de m’exploser la tronche avec du black et du death.

– Euh… J’sais pas j’ai du post-drone ou du slowcore si tu veux.

– Hop hop hop! Non mais du metal quand même, faut pas déconner! Tu veux pas que j’m’habille en rose non plus?!? Espèce de hipster. Et pas de ces saloperies qui passent sur Le Mouv’ s’te plaît.

– T’es chiant. Mais au moins t’es pas radin. Tu t’rappelles de Smokin’ Joey, mon vieux client biker qui porte une veste à patches même qu’en la voyant tu m’as dit tiens y a pas que du ZZ Top, y a aussi des trucs evil?

– Le ricain là? Ah ouais c’est un vrai lui!

– Carrément. Ben il m’a fait découvrir un truc de San Francisco qui va t’détendre. C’est pas très réputé metal là-bas mais y a toujours quelques groupes un peu atypiques. Y avait Ludicra, y a toujours Cormorant. Primus j’ten parle même pas.

– San Francisco c’est branchouille. Tu m’inquiètes.

Soudain les forces occultes se réveillèrent puis s’échappèrent du lointain château

– Ouais mais là primo ça s’appelle Castle, deuzio c’est du heavy traditionnel sans fioritures : cuir clous et belle crinière comme la tienne. Tertio j’ai leur dernier album en stock. Les deux premiers étaient déjà très bons, p’tit côté stoner mais main’ant c’est plus dynamique et mélodique. J’te garantis ça joue. Ça a p’t-être perdu d’son mystère mais c’est foutrement efficace avec des morceaux pas trop l…

– T’es en train d’me refourguer ta rondelle invendable originalité zéro. En fait.

– Arrête j’vais appeler Smokin’ Joey pour qu’il t’en colle une. Je reprends. C’qui m’botte c’est qu’c’est intemporel, pas du tout guerrier Musclor ringard tu vois. Le son est genre old school mais propre. Grosse culture metal dans l’bouzin. Ça part sur du tempo British New Wave avec guitares jumelles et tout, après t’as du Black Sab avec même les gimmicks d’Ozzy, ça s’enflamme speed metal quand ça veut, ça tape dans l’occulte comme Mercyful Fate, flirte avec le thrash mais fréquente surtout le doom. Ça va jusqu’à deux-trois refrains doom lyrique l’affaire. Tiens j’te mets « Temple Of The Lost » pour qu’tu piges. D’ailleurs elle a bien progressé la chanteuse!

– Ah c’est une nana qui chante?!?!

– Putain j’avais oublié l’argument ultime. Pourtant j’te connais. Elle s’appelle Elizabeth mais tu peux l’appeler Liz. Sobre pour du heavy mais sa voix chaude saura t’ensorceler.

– Aller, avant qu’tu m’dises que son mec c’est le gratteux : je prends!

___7/10___                    

Artwork et textes : « The Golden Thread » est la toile qui fait office de pochette. Son auteur est le russe Denis Forkas Kostromitin (probablement influencé par Goya), déjà auteur de l’artwork de Blacklands, plus connu pour The Satanist du groupe Behemoth. Les paroles figurent sur une sous-pochette pour que chacun puisse embrasser les forces des ténèbres.

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Xtreme Fest 2014 – Albi [1/4] : Jour 1

Deuxième édition de l’Xtreme Fest, le festival tarnais dédié aux musiques punk, hardcore et metal. F&D est de nouveau présent dans le pit, à partir du 1er août et pour trois jours! A la différence de l’édition 2013, l’événement se tient au Parc des Expositions d’Albi – Le Séquestre : le Scénith fait office de Main Stage, tandis que la X Stage et la Zguen Stage ont été montées sur l’esplanade Sud. A peine arrivés sur le site, c’est clair : le fest est en train de prendre une nouvelle dimension. C’est parti pour un live report au plus proche de l’action, avec cette fois des photos qui claquent!

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Tout de noir vêtus, les cinq membres de Seylen ont le privilège d’ouvrir le festival ce vendredi à 18h15. Enfin, « privilège »… Pas vraiment car les spectateurs ne sont pas encore très chauds, et les assoiffés sont nombreux à faire la queue dès leur arrivée pour acheter des jetons de bar. Le public présent, lui, a pu apprécier le metal moderne et syncopé de la formation locale, tendance djent ou post. Plus agressif que celui de Klone (les vocaux sont à la limite du metalcore) mais plus mélodique que les folies de Meshuggah. Certains passages rentre-dedans évoquent le death metal façon Gojira. Chanteur convaincant, son massif, atmosphère ténébreuse : Seylen a su nous captiver en quelques titres.

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On zappe The Dead Krazukies, préférant se diriger vers la Main Stage pour assister à la prestation de vieilles connaissances : Aborted. Des années qu’on n’a pas vu les poètes belges sur scène. En fait non c’est pas des poètes puisqu’ils jouent du brutal death metal gore-grind, et puis sont plus vraiment belges à l’exception de Svencho, le frontman historique. On attend avec impatience de savoir ce que peut donner du Aborted, soit l’un des groupes les plus brutaux du week-end, dans cette salle multifonctions de plus de 2400 m². L’orientation récente du groupe vers un metal clinique se ressent également en live, nous conduisant à regretter le son brut et gras d’antan. Pire : les premiers riffs sont quasiment inaudibles, les vocaux ne sont pas au top, tout est noyé dans les basses. Tout au long de ce report il sera impossible de taire les problèmes de son de cette Main Stage, ce sera malheureusement notre ritournelle. Et quand le son sera bon voire excellent, on ne manquera pas de le dire non plus. 

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Heureusement pour les amateurs de brutal death bien saignant ça s’améliore petit à petit : la seconde partie du concert est bien meilleure pour les oreilles et la nuque (oui l’anatomie du metalleux est particulière). Deux-trois morceaux efficaces et on finit par s’emballer pour la mécanique de précision du groupe, en dépit de solos pas toujours sensass. Sven invite régulièrement la foule à « s’bouger l’cul » et ça fonctionne, avec notamment les premiers circle pit. La grosse ambiance est déjà au rendez-vous et c’est une excellente nouvelle! Ça ferraille dur dans une fosse achevée à coups de ciseaux par les mosh part et la double grosse caisse ultra rapide de « The Saw And The Carnage Done ». Titre délicieusement évocateur.

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On a déjà le sourire aux lèvres au moment de retourner sur la X Stage voir The Rebel Assholes qu’on avait loupés en mars dernier à Albi. C’est ce soir qu’on découvre donc le punk-rock plutôt pop du quatuor franc-comtois influencé notamment par les Burning Heads. Un set bien carré et plein d’énergie! Guère étonnant de la part d’acharnés des tournées, hyper impliqués dans la scène punk rock hexagonale. On profite de ce bon son et des mélodies de « I’m Guilty » ou « What The Hell ». Et oui l’Xtreme propose aussi des mélodies et c’est très bien parce qu’on ne peut pas se brancher en mode warrior pendant trois jours, sous peine de griller comme une vulgaire ampoule en surtension.

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Timing un peu serré, achat de jetons de bar, approvisionnement en bières et casse-dalle : pour ce premier jour on a un peu négligé la Zguen Stage, on se rattrapera un peu par la suite. Désolés pour Real Deal qui passe donc à la trapinette, on se prépare pour l’arrivée de Gojira à 21h00. Comme Aborted, des retrouvailles. Quand on est originaire du Sud-Ouest de la France et qu’on aime le metal, Gojira c’est presque une habitude. Sauf que là mine de rien, ça fait un paquet d’années qu’on ne les a pas vus. Condamnation à trois bières maximum pour cause d’infidélité. En même temps ça tombe pas trop mal ce soir on a de la route à faire. Très attendus par le public, le groupe des frères Duplantier déboule sur scène : ce qui frappe d’entrée, c’est que les mecs n’ont pas changé! Comme quand tu retrouves un vieux pote et que t’as l’impression de l’avoir quitté la veille.

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Ça commence fort avec « Explosia » et « The Axe » tirés de L’Enfant Sauvage, le dernier album en date qui n’a pas séduit tout le monde. Là, sur les planches, ces titres font mouche, on retrouve totalement le Gojira qu’on aime, c’est-à-dire un groupe de death metal à la rage tribale, puissant et efficace, quasi spirituel si l’on en croit la transe qui habite progressivement le spectateur. Si le Godzilla mascotte du festival ressemble à un punk super énervé, le Gojira ex-Godzilla (ça va tu suis toujours?) est un démiurge à la fois colérique et bienveillant, une force créatrice qui n’a pas vraiment d’équivalent dans les musiques metal.

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Le son est plutôt équilibré, avec mention très bien pour la batterie car Gojira a compris depuis longtemps qu’il ne sert à rien d’en faire trop, contrairement à de nombreux autres groupes metôl. L’énergie, la vélocité et la souplesse suffisent à dégager une énergie brute, audible mais également visible aux gestes de Mario, mouvements d’une amplitude folle. Globalement la satisfaction de pouvoir profiter du concert dans des conditions correctes prédomine, même si on sent bien que cette salle provoque un phénomène de résonance et n’offre pas la chaleur sonore dont on rêverait. On profite, donc… Gojira enchaîne les morceaux avec une grande maîtrise, peu de répits, un jeu de scène inchangé depuis une dizaine d’années mais toujours énergique (Jo et Jean-Michel surtout), une bonne setlist dans laquelle chaque album est représenté! Peut-être parce qu’ils jouent pas trop loin de leur fanbase historique (Jo se remémore avec nous les premiers concerts dans la région) les vieux ont la chance de pouvoir réentendre ce soir « Love » et – plus inattendu – « Wisdom Comes ». Bonheur.

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Grosse ambiance dans la fosse, ça slamme dans tous les sens, et le désormais inévitable braveheart (ou wall of death si tu préfères) vient ravir les fans de caresses. A plusieurs reprises Jo adresse quelques mots au public et n’oublie pas de le remercier après chaque morceau, d’une voix douce, très éloignée des clichés du metal. Les années passent et Gojira dégage encore une véritable humilité ainsi qu’un bon état d’esprit. Line up solide comme le marbre, tournées incessantes et albums costauds font de Gojira le leader incontesté du metal français depuis plus de dix ans. Main gauche pouce en l’air, main droite signe de la bête, à la gloire d’un modèle de constance. Le show est magistralement clôturé par un « Where Dragons Dwell » hypnotique et épique à souhait, offrant sans doute la plus longue session de double grosse caisse qu’on n’ait jamais entendue! On en ressort abasourdis. Et heureux, parce qu’un tel final ça ne s’oublie pas, nom de Zeus!

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La setlist :

Explosia
The Axe
Backbone
The Heaviest Matter Of The Universe
Love
Flying Whales
5988 Trillons De Tonnes
Wisdom Comes
Oroborus
L’Enfant Sauvage
Toxic Garbage Island
Where Dragons Dwell

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On reprend l’air sur la X Stage, une pluie d’orage tombe sur des festivaliers pas dissuadés d’aller voir The Black Zombie Procession. Aller hop on enchaîne, tout de suite, c’est ça l’Xtreme Fest. Mmm… Black Zombie Procession (BZP)? On connaît pas. Peut-être parce que ce projet basé à Besançon a été mis en sommeil pendant cinq ans, et que Vol. III: The Joys Of Being Black At Heart, paru en avril dernier, n’a eu jusqu’à présent qu’un faible retentissement médiatique. En une quarantaine de minutes BZP va nous montrer que c’est vraiment trop inzuste!

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Pardon pour cette référence puérile car on comprend rapidement que le concept du groupe tourne autour du cinéma d’horreur, les samples introduisant les morceaux étant tout à fait explicites. Pas trop notre tasse de thé (tiens bizarrement l’Xtreme ne propose aucun salon de thé) mais ça sent le truc fun. L’essentiel c’est que côté zik on a affaire à du… crossover. Cool!!! L’an dernier on avait quand même eu droit à Municipal Waste et Suicidal Tendencies. L’appétit vient en mangeant. Alors lecteur le crossover qu’est-ce que c’est, ah ahhhh?! Et bien c’est un thrash metal catchy et dansant très porté sur le punk et le hardcore. Ce qui est valable pour le « crossover – horror – core » de BZP : le chant teigneux d’EliBats – qui sévit sur le nouvel album mais également dans Hellbats – et des riffs thrashouilles séduisent rapidement un public qui danse sous la pluie. Cependant le projet de Nasty Samy (Demon Vendetta) n’est pas un banal clone de D.R.I. ou Crumbsuckers, figé dans la période 1983-1989. Ça taquine la guitare et l’ensemble est moins rétro et plus mélodique que la moyenne (y compris au chant), avec une forte influence heavy et speed metal. Il y a pas mal de variété dans le jeu et les ambiances, ce qui donne l’impression que BZP appartiendrait plutôt à une vaste congrégation punk-metal.

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Petit à petit la pluie s’estompe et le public s’éclate de plus en plus, séduit. Le set est carré et dynamique, la musique hyper entraînante et riche en émotions. Techniquement c’est bluffant. Non vraiment on tient là une très belle découverte… Un groupe qui mérite de dépasser rapidement les 1000 likes sur Facebook. Pour un peu on se materait un vieux Romero en rentrant.

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Il est 22h45 et la soirée est d’ores et déjà réussie. On souffle un peu avant de jeter un œil à Smoke Deluxe sur la Zguen Stage, trop rapidement pour pouvoir te livrer une impression. Mais on en reparlera plus tard, car les basques remettront le couvert demain, en remplacement de Straightaway.

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Décontractés de la nuque et joyeux comme l’enfant le jour de Noël, nous suivons la foule qui se rend à la Main Stage pour Les Sheriff. C’est avec grande curiosité que l’on s’apprête à voir un monument de la scène alternative française des années 80. Curiosité et non pas impatience car, honnêtement, on ne connaît pas bien les punks montpelliérains. Question de génération probablement. Mais aussi parce qu’on a tous nos lacunes : le groupe a été actif jusqu’en 1999, avant de se reformer en 2012 puis 2014, on a donc tous connu au lycée au moins un(e) fan. Les $heriff se présentent ce soir devant une foule, non pas de lycéens, mais d’individus de 17 à 57 ans. Et dès les premières minutes, on peut mesurer l’incroyable popularité du groupe, encore aujourd’hui. Une large partie du public connaît toutes les paroles, simples et chantées en français. Ainsi très vite se forme une joyeuse communion. Le son est pas mal. Ce punk rock à l’énergie juvénile est véritablement intemporel, déballant ses riffs accrocheurs et ses refrains imparables. Les Ramones ne sont plus mais Les $heriff sont toujours là. Et bien là.

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L’ambiance est dingue avec un slam à la minute. Le show ne laisse pas respirer une fosse comblée par « A Coup De Batte De Base-Ball », « Jouer Avec Le Feu » et autres tubes mêlant rage et humour. Derrière le micro, Olivier est un peu statique mais a toujours de la voix et de la conviction. La communication avec le public est réduite au plus strict minimum. « Ça s’appeeeellllleeee… » pour annoncer la chanson suivante, « merciiiiii! » pour la clôturer. Les fans bougent et s’éclatent comme des gosses, démonstration qu’il ne sert à rien de blablater inutilement ni de faire participer les gens à des chorégraphies des jeux ou autre. Là on en profite pour faire passer un petit message d’ordre général : quand on se déplace pour voir le concert d’un artiste/groupe adoré, c’est pour applaudir LA MUSIQUE, voir et entendre nos titres favoris! S’agissant de cet Xtreme Fest, on vise un groupe en particulier. Qui jouera demain. T’as peut-être deviné. Ce soir Les $heriff sont allés à l’essentiel avec un set consistant, un show intense et hyper efficace. Un concert trois étoiles de shérif.

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Changement d’ambiance à la sortie puisque le thrash metal d’Havok nous attend sur la X stage! On s’attend à quelque chose de bien dansant de la part du combo formé dans le Colorado il y a une dizaine d’année. Les albums sont sympathiques sans être géniaux, plutôt bourrins et pas aussi old school que ne le laissent paraître les pochettes. Mais ce soir le quatuor va mettre tout le monde d’accord : excellente rythmique, très bons solos, un show énergique et hyper bien rôdé… Énorme! Le chant de David Sanchez (guitare rythmique) est bien hargneux, 100% thrash old school pour le coup, et ne s’interrompt que pour délivrer à l’assistance quelques axiomes et pensées philosophiques : la défense de la liberté, l’autodétermination, et bien sûr… le putain de fun! Le son est excellent, ce qui permet de jouir des riffs de guitare mais aussi du doigté du nouveau bassiste (tant pis il est tard on laisse cette phrase telle quelle).

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Incontestablement Havok montre un vrai talent en live, avec un show comme les ricains en ont le secret. La chaleur estivale est tombée, le public est déchaîné, excité par quelques circle pit ainsi qu’un pogo nocturne furieux, étonnamment mixte. Quelques chutes sont à déplorer, tandis qu’on aperçoit par-ci par-là quelques headbangers (NE LES OUBLIONS PAS). « Covering Fire », « Give Me Liberty… Or Give Me Death », etc. Tout le monde en redemande. Rappel. Pour l’ambiance et le reste ce premier jour fut une grande réussite. Il est 1h30 passé, c’est fini et il est temps de rentrer à la maison. Cette année pas de camping. Manque de panache et envie de dormir. Mais demain on sera là, vaillants comme l’épée.

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Photos : ♦atreyu64♦ Pour plus de photos de ce Jour 1 c’est par là!
Texte : ♠adrinflames♠ et ♦atreyu64♦

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1 an F&D : 1 an de concerts en images

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Fire & Dance fête son premier anniversaire! L’occasion de se remémorer quelques concerts et de remettre à l’honneur des artistes dont on a parlé ici sur le blog, ou bien sur Facebook et Twitter. C’est du 100% amateur mais y … Lire la suite

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Football : Bilan de la Coupe du monde 2014

Ça y est, c’est fini. Fini les voisins qui crient. Fini les matchs jusqu’à 1h30 du mat’ à l’origine d’effrayantes cernes le lendemain au bureau. Terminés les live-tweets de débiles. Stop la recherche du meilleur hashtag (« je mets #NEDARG ou #ARGPB? »). Disparus les prétextes d’apéro à 17h50. Fini les rendez-vous au pub parce que « là au moins on est sûrs qu’ils le diffusent, le match ». Fini les débats télé sur i>Télé ou L’ÉQUIPE 21 avec au choix Pierre Ménès ou Didier Roustan. Clôturés les concours de pronostics entre potes ou collègues. Un grand vide s’est installé à la maison. Tu te passes en boucle le nouveau Judas Priest et le dernier Mastodon pour garder un peu d’adrénaline. Lana Del Rey pour trouver le sommeil à 23h00. Et pendant ce temps-là Thomas Müller te nargue.

Le contexte : climat social tendu, émergence d’un football alternatif?

15 milliards d’euros de dépenses en sept ans, expulsions massives liées aux stades : Dilma Rousseff, présidente de la République fédérale du Brésil, a bien du mal à faire passer la pilule. Son passé de guerillera et de ministre de Lula ne suffit plus à garantir sa popularité. Le contexte économique et social est explosif dans de grandes villes à la fois saturées et extrêmement inégalitaires. On peut comprendre aisément la colère de la population, passion du ballon rond ou pas. La contestation a même gagné l’ancienne gloire du football Romario. Le milieu artistique et culturel se mobilise également, comme en attestent les T-shirts « Foda-se a Copa » du groupe Confronto (signature récente du label français Deadlight Entertainment pour toi fidèle lecteur de F&D).

Il y a le coût exorbitant de cette Coupe du monde, mais pas seulement. Le Qatargate s’est ajouté à des affaires de corruption en tous genres, les morts se multiplient sur les chantiers de l’édition 2022, et ce sentiment grandissant que la FIFA est en train de s’accaparer le sport le plus populaire du monde : billets hors de prix, quasi luxe télévisuel, joueurs réduits à l’état de produit, muselés par contrats et autres gestionnaires d’e-reputation. L’institution aime rappeler que la Coupe du monde de la FIFA est SA marque déposée, et lorsque Paul Pogba est élu meilleur jeune joueur, c’est le prix de Jeune Joueur Hyundai qui lui est décerné. Le foot-business est de plus en plus agressif et décomplexé et ça agace de plus en plus de monde. Le terreau de la révolte est là, reste à savoir si le mouvement international « Love Football, Hate FIFA » pourra s’affirmer et croître dans les prochaines années.

La Seleção : remise en cause indispensable après l’humiliation

Après l’appui de l’arbitre au cours du match d’ouverture, des prestations collectives décevantes (sauf peut-être contre le Chili), des torrents de larmes, le Brésil s’est fait humilier 7-1 contre l’Allemagne avant de se faire étriller par les Pays-Bas 3-0. Un désastre sans précédent qui ruine le respect historique de la planète foot pour cette sélection. On s’en doutait mais c’est confirmé : le football à la brésilienne n’existe plus. Il a survécu des années 1990 à nos jours grâce à quelques joueurs d’exception, mais aujourd’hui la star Neymar est trop isolée. La Seleção doit reconstruire son identité au lieu de copier les grands clubs européens. Autre enseignement : la recette « on change pas une équipe qui gagne » n’est pas bonne. Tout va très vite dans le foot, et la forme des joueurs fait des montagnes russes. Il faut s’adapter en permanence. En gagnant la Coupe des confédérations Luiz Felipe Scolari a créé une équipe indéboulonable. Sans plan B, avec des joueurs très moyens ou en méforme. [photo : Ninja Midia]

Photo Ninja Midia - DescalificacionBrasil_Magnum-7Lire la suite page 2…

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Chronique : DESECRESY – Chasmic Transcendence

Chasmic Transcendence

  • Finlande / Avril 2014 / 14 titres / 42:03
  • Label : Xtreem Music
  • Genre : death metal atmosphérique
  • Format : album CD 
  • Autres formats disponibles : téléchargement (MP3, FLAC, etc.), une sortie vinyle est prévue prochainement

Premier regard sur cette pochette et une interrogation : doit-on se fier à l’artwork réussi ou plutôt à l’incrustation super cheap du titre et de l’affreux logo? Et bien aux deux. Car si Desecresy n’est pas dénué de talent, leur troisième opus présente des défauts rédhibitoires pour l’amateur de death metal. Malheureusement pour le duo finlandais (Tommi Grönqvist s’occupant de tout sauf des vocaux), les faiblesses de Chasmic Transcendence s’entendent bien avant ses qualités…

Leur influence majeure étant Bolt Thrower, tu t’attends logiquement à du war metal capable de déchaîner les foules ou d’offrir une seconde jeunesse à ton grand-père qui a fait l’Indochine. Perdu! Au lieu de ça tu te retrouves avec du club de bridge metal. Lenteur, faiblesse du riffing, aucune dynamique ou presque… Desecresy ne donne pas de concerts et ça tombe bien parce que t’aurais du mal à pogoter sur ce death metal de neurasthéniques! Pour quelque chose de plus groovy et de plus traditionnel, tourne-toi plutôt vers Slugathor, l’ancien groupe des deux compères. Ou revisite les classiques finlandais du death metal, du moins ceux qui ont commencé à jouer avec les atmosphères sombres (Abhorrence, Funebre ou Rippikoulu).

Atmosphère? Atmosphère? Dans le noir t’as bien une gueule d’atmosphère

Côté technique il faudrait songer à s’adjoindre un jour les services d’un vrai bon batteur qui bastonne. Ça doit pouvoir se trouver en Finlande. Et surtout investir dans une production digne de ce nom, ce qui passe d’abord par un passage en studio. Non parce que là c’est pas possible ce son de mauvaise demo. Ça manque cruellement de puissance… On parle quand même de death metal là les enfants! Non? Et puis tant qu’on y est, si c’est possible de reculer un peu le chant ultra guttural et un brin monocorde de Jarno Nurmi. Moins puissant qu’un Chris Barnes mais plus cru qu’un Craig Pillard, seuls les téméraires supporteront pareille bestialité sur la longueur.

Chasmic Transcendence est étouffant et moins bien équilibré que ses prédécesseurs, mais recèle une personnalité atypique. Les riffs écrasants et vengeurs façon Bolt Thrower ne sont que bruit de fond, l’intérêt réside dans les atmosphères lugubres, le plus souvent suffocantes, inlassablement tissées à la guitare. Un peu comme si on restait coincés dans les ambiances de plomb de Meshuggah. Ce death metal privé de ses racines thrash est sérieusement tenté par l’atonalité. Ça ne ressemble à rien, mais c’est intéressant.

Pour comprendre il faut atteindre le fond de l’abîme. Puis vaincre la claustrophobie. L’œil hagard doit alors s’habituer à l’obscurité pour découvrir de mystérieuses portes, lesquelles laissent entr’apercevoir par leur trou de serrure un univers inconnu. Un souffle épique fascinant devient perceptible. Malheureusement, aucune porte ne s’ouvrira.

___5/10___                    

Artwork et textes : Illustration réalisée par Tommi Grönqvist lui-même. Les textes (scabreux) figurent dans un livret de 12 pages.

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